La violence conjugale : de multiples formes.

Cet article a été rédigé en juillet 2008 par Isabelle Voidey.

La violence conjugale est l’utilisation délibérée et récurrente de plusieurs de ces formes de violence.  C'est une atteinte volontaire à l'intégrité de la compagne, une emprise, un conditionnement dont la victime peut difficilement sortir. C'est un abus de pouvoir dans une relation privilégiée, où l'un des partenaires utilise un rapport de force pour contrôler l'autre. Ces comportements violents sont utilisés par l’agresseur dans un but de contrôle et de domination.
La victime est toujours la même personne (Selon la Commission Européenne la femme en est la victime dans 98 % des cas).
Cette violence  n'est pas le résultat d'un simple conflit, ni un acte accidentel, pas plus qu'un symptôme d'une union en difficulté. Elle s'identifie par sa constance, ses comportements agressifs à répétition, c'est évidemment sans commune mesure avec des disputes et conflits ponctuels entre époux qui se respectent. C'est un comportement inacceptable qui tombe sous le coup de la loi. Les comportements violents s'exercent sous différentes formes, et avec régularité, ils se multiplient et alternent avec des moments d'accalmie. Il s'agit d'un processus qui destabilise la victime, et rencontre souvent l'incompréhension de l'entourage et des professionnels.

Coups de poings, gifles, blagues humiliantes, séquestration, étranglement, brûlures, coups de couteau, sévices sexuels, sarcasmes, harcèlement, dénigrement, ordres contradictoires, éclats de voix, mépris, tortures, mutilations, roulette russe, menaces, destruction des biens de la victime...

La violence verbale :

Elle s’associe aux autres formes de violence, elle est permanente. 
Il ne s'agit pas de disputes entre conjoints, elle s'exprime dans un rapport inégalitaire. Cette forme de violence est considérée comme relevant de la violence conjugale parce qu'elle est utilisée par l'agresseur pour contrôler et détruire sa conjointe.

Très souvent, l'homme violent élève la voix pour proférer ses injures : "t'es juste une grosse vache !" ou ses menaces : " tu ne reverra plus jamais tes enfants ! " ou " si tu pars, je te tues !", ou encore ses ordres et interdictions :   " je t'interdis de bavasser avec la voisine, sinon j't'en fous une !"

Mais un autre préférera un ton faussement doucereux : " tu crois que quelqu'un va croire une folle comme toi ?" et sa compagne reconnaîtra vite cette tonalité dangereuse, annonciatrice de remontrances et d'insultes.

Ou encore, il adoptera un ton uni, habituel, mais extrêmement cruel dans les propos.

Ainsi, sans porter de coups, au moins, dans un premier temps, l'homme violent atteint son but : humilier et terroriser, créer un climat d'insécurité pour que sa femme se conforme à ses exigences et accepte tout par peur qu'il ne mette ses menaces à exécution.

Quelque soit le ton utilisé, l'agresseur envoie un message à la victime.

  • crier, utiliser un ton brusque et autoritaire pour demander un service, faire des injonctions ;
  • interrompre sans cesse l’autre ou lui reprocher de parler, de se taire, de faire ce qu’il n’aime pas ;
  • diriger la conversation, ne pas écouter ce que dit l’autre.

La violence psychologique :

Il s'agit de dévaloriser systématiquement sa partenaire, en privé ou en public, par des propos méprisants et avilissants, de lui nier tout talent, ou toute capacité intellectuelle : "comment, tu sais pas ça ?", "t'es sûre que tu vas y arriver toute seule ?", " je préfère que tu prennens un traiteur quand on reçoit les Durand"... Ces paroles ou comportements vexants, menaces et chantages, s'apparentent à du harcèlement moral.
L'homme peut aussi manipiler ses enfants contre leur mère. Il veut toujours avoir raison, n'écoute pas ou ne répond pas, ment, ne respecte pas ce qui a été décidé, etc.

Souvent subtile, cette forme de violence est difficilement identifiable mais redoutable d'efficacité dans son travail de sape de l'estime de soi de la conjointe.
Celle-ci finit par être ébranlée dans son équilibre mental, et sans en être souvent consciente, intériorise une image d'elle-même très négative, faite d'incompétence et de médiocrité qui souvent la paralyse au point qu'elle n'imagine même pas pouvoir quitter son bourreau
.

Un autre aspect est le comportement autodestructeur de l'homme dont il se sert comme d'une arme. Il menace de se suicider ou de faire du mal, de dire ou de faire des choses aux conséquences très facheuses, il boit ou se drogue.

Comportements ou propos méprisants, dénigrants les opinions, les valeurs, les actions de la femme et portant atteinte à son intégrité psychique :
  • des insultes ;
  • des remarques vexantes, des critiques permanentes sur ses pensées ou ses actes ;
  • un comportement de l’agresseur qui se présente comme celui qui sait tout, qui dicte ce qu’il faut faire, qui fait passer la femme pour folle ;
  • des chantages : en utilisant les sentiments, les enfants ;
  • des menaces : de représailles, de suicide, de viol, de prendre le droit de garde des enfants, d’être violent.

La violence physique :

La violence physique correspond aux atteintes physiques au corps.

Quand un tel homme estime sa femme encore trop indépendante à on goût, quand les menaces ont échoué, il passe alors aux coups, à la brutalité et aux contraintes physiques.

Il secoue sa compagne, la giffle, lui broye les mains, l'attache, la laboure de coups de pieds dans la tête, dans le ventre même lorsqu'elle est enceinte ( entre 20 et 40% des femmes sont agressées pour la prmière fois lors de leur première grossesse...), la brîle avec des cigarettes, la jette dans les escaliers,etc. Il ne s'arrête pas toujours quand elle perd conscience, et il peut finir par la tuer. Il peut aussi la séquestrer, l'affamer, la priver de ses vêtements ou de chauffage...

Une femme violenbtée sur trois a déjà été menacée d'une arme à feu ou d'un objet tranchant, et trois victimes sur quatre craignent que leur conjoint ou ex-conjoint ne les tue. La violence extrême s'exerce souvent lorsque la femme cherche à quitter son conjoint.

Synthèse d'après des études sur les violences physiques conjugales :

  • taper, frapper, empoigner, donner des coups de pied ou de poings, donner des claques, frapper avec un objet ;
  • tirer les cheveux, brûler, pincer, électrocuter, cracher, jeter par la fenêtre ou dans un escalier ;
  • séquestrer, empêcher de sortir ou de fuir ;
  • taper la tête contre un mur, déchirer des vêtements, étouffer, tenir la tête sous l’eau;
  • étrangler, tirer avec un pistolet, poignarder, tuer.

La violence sexuelle :

C'est la violence que les femmes ont le plus de mal à raconter. Jusq'en 1983, le viol conjugal n'existait pas au regard de la loi. Et le "devoir conjugal" dans le cadre de violences conjugales, s'apparentent trop souvent pour ces femmes à une obligation à laquelle elles ne peuvent ou ne pensent pas avoir le droit de se soustraire. Citons aussi les moments où la femme, sous emprise, et espérant encore une amlioration de son couple, se soumet au rapport, prête à tout accepter pour faire plaisir à son mari.

L'homme force sa compagne à avoir des rapports sexuels avec lui ou avec d'autres personnes, l'oblige à adopter des pratiques qui ne lui plaisent pas, use de contraintes physiques humiliantes, (liens, morsures...), la contraint à porter certaines tenues tout en l'injuriant. Parfois, cela peut aller jusqu'à la prostituer.
La violence sexuelle peut revêtir un aspect psychologique. L'homme peut humilier sa partenaire en la comparant à ses dépends à des pin up de magasin, lui ordonner de prendre les mêmes poses, ou l'obliger à regarder des films X. Il semblerait que plus de la moitié des hommes violents soient de grands consommateurs de pornographie.
Attention, ils 'agit ici d'actes et d'intentions qui n'ont rien à voir avec les ébats et pratiques sexuelles entre deux partenaires qui s'aiment et se respectent.
Le viol blesse une femme dans son être intime plus profondément que deux côtes cassées. La souffrance psychologique est parfois tellement intense que la femme niera qu'il y a eu viol ou l'admettra avec difficultés, pourtant il semblerait que de nombreuses femmes maltraitées aient subi des violences sexuelles de la part de ceux qui sont censés les respecter le plus.

Synthèse d'après des études médicales :

  • contrainte à la sexualité ou une insatisfaction de la vie sexuelle ;
  • actes d’agression ;
  • être insultée, humiliée ou brutalisée pendant un rapport sexuel ;
  • être prise de force, être ligotée de force pendant un rapport sexuel;
  • être pénétrée de force dans l’anus, être pénétrée de force avec un objet
  • être violée après avoir été battue ou injuriée ;
  • être forcée d’agir selon les fantasmes sexuels du conjoint ;
  • être obligée de reproduire des scènes pornographiques ;
  • être “ prêtée ” à un ami pour un rapport sexuel.

La violence économique :

Elle est utilisée comme moyen de contrôle permanent de la victime en limitant ou supprimant son autonomie financière, et s’associe à d’autres comportements agressifs et destructeurs.

Il s’agit du contrôle économique ou professionnel.

Toutes les formes de violences précitées peuvent alterner dans le temps, être indépendantes ou se cumuler avec des degrés divers dans la gravité des brutalités.

  • empêcher de travailler, dévaloriser le travail de l’autre ;
  • confisquer le salaire;
  • endettement forcé;
  • considérer le salaire de l’autre comme secondaire ;
  • empêcher d’avoir accès à l’argent du couple, d’avoir un carnet de chèques ou une carte bancaire, distribuer parcimonieusement l’argent pour le ménage, vérifier toutes les dépenses de la femme ;
  • obliger à quémander l'argent des courses;
  • obliger à démissionner ou changer de type de travail ou à verser son salaire sur le compte de l’homme.

Le cycle de la violence

Il est fréquent mais pas systématique. Par exemple, le harcèlement moral ne fonctionne généralement pas par cycle mais de manière linéaire, au quotidien.

Habituellement, le cercle vicieux de la violence suit les phases suivantes :

Excitation nerveuse de l'homme / peur de la femme 
=> agression masculine / colère et/ou chagrin de la femme 
=> déni de l'homme / transfert de responsabilisation sur la victime 
=> rémission de l'agresseur / espoir de la femme. 

  • Excitation nerveuse de l'homme / peur de la femme.
La tension s'installe petit à petit dans le couple, et n'importe quel prétexte sert de déclencheur à la violence. Au début, ce catalyseur est extérieur au couple : stress, surcroît de travail, maladie, alcoolisme, chômage... mais plus les cycles se répetent et plus le prétexte s'ancre dans la vie même du couple ou de la famille : finances, éducation des enfants, sexualité... Puis, c'est la soi-disant "incompétence" de la femme qui sert de détonateur à tout propos, la boucle est bouclée, la compagne apparait comme entièrement responsable de la tension créée.
Cette tension peut se manifester sous diverses formes : longs silences lourds de sous-entendus, absences prolongées et inexpliquées, ton agressif, chantage, gestes menaçants... La femme sait que la tension trouvera son achèvement dans l'explosion de la fureur de l'homme (verbale ou physique) et qu'elle en subira les conséquences.
En général, elle cherche par tous les moyens à diminuer cette tension, surveille les moindres gestes et paroles de son conjoint pour éviter de le contrarier, cherche à lui faire plaisir, calme les enfants...
Pour se protéger des menaces de la violence, la femme est obligée de s'assujettir aux besoins du conjoint en reniant ses propres besoins et sentiments, de se centrer sur ses humeurs à lui, de réagir en fonctionde ses comportements, elle a peur et cette peur la paralyse.


  • Agression masculine / réaction de la femme : colère, humiliation, tristesse, impuissance, désespoir.
L'acte de violence prévisible a lieu. Il arrive en conclusion de l'épuisement physique ou émotionnel de l'agressseur et/ou de "sa" victime. L'agresseur pense " qu'elle a compris". Il dit ensuite "qu'il ne pouvait pas s'en empêcher", que "c'était plus fort que lui", alors qu'en fait il se laisse aller à cette violence. Cette soi-disant "perte de contrôle" est en réalité un moyen efficace pour terroriser sa victime.
Sa compagne se sent alors profondément outragée, blessée, furieuse, humiliée, "démolie" extérieurement et/ou intérieurement.
Généralement, c'est suite à cet épisode qui la laisse en état de choc qu'elle parle à un tiers, professionnel ou non. C'est aussi souvent à ce moment qu'elle peut tenter de se défendre ou de se sauver pour se metrre à l'abri, elle et ses enfants. Elle peut aussi être amenée à consulter un médecin ou transportée aux urgences selon ses blessures. Il est important à ce moment-là que le corps édical repère le contexte de violence conjugale et aborde ce sujet avec la victime.

 
  • Déni de l'homme / transfert de responsabilisation sur la femme.
Aussitôt après l'agression, l'homme essaie le plus souvent de minimiser le caractère de gravité de sa violence. Il invoque des facteurs extérieurs : sa fatigue, l'alcool, les médicaments, son travail, ses collègues, ses problèms, le temps, il dit qu'il ne maîtrise pas sa violence, ou que sa compagne dramatise ou qu'elle est complètement folle, il affirme qu'elle l'a provoqué, qu'elle l'a poussé à bout, et il reprend rapidement sa vie normale.
Devant toutes ces réactions et ces justifications, laminée par les brimades antérieures, et parce que la femme a parfois besoin d'y croire, elle peut oublier sa propre colère.
Elle en arrive à se croire effectivement responsable de cette violence. Et surtout elle pense alors que si elle change sa manière de se conduire, si elle "s'améliore", sa violence à lui va se résorber.
Plus le cycle se répetera, plus la femme se disqualifiera à ses propres yeux, dans sa vie de coiple comme ailleurs, et moins elle aura de ressources intérieurs pous se défendre.


  • Rémission de l'agresseur / espoir de la femme.
Dans les débuts de la violence conjugale, une fois sa responsabilité niée, l'homme exprime généralement un sentiment de regret, un désir de réconciliation. Il demande pardon à sa compagne, lui quémande de l'aide, la supplie de "tout recommencer à zéro", lui offre de coûteux cadeaux, la complimente et lui promet de ne plus jamais recommencer. C'est ce que l'on appelle la " lune de miel".
L'homme entretient l'espoir de sa compagne de le voir s'amender, et cette apparente contrition abaisse son seuil de tolérance aux agressions présentes et futures, puisqu'elle croit encore qu'il peut changer, et efectivement, pendant ce temps de rémission, son mari redevient l'homme qu'elle apprécie et dont elle est tombée amoureuse.
Mais plus le cycle violent se répète, plus la priode de rémission se raccourcit ou disparaît, et l'intensité des agressions augmente en fréquence et en gravité, jusqu'à l'homicide dans les cas les plus dramatiques.
Le quotidien peut se transformer en enfer. L'homme redoute de moins en moins le départ de sa compagne, qui, elle, perd de plus en plus confiance en ses capacités d'autonomie, se sent responsable de cette violence à son encontre et désespère de retrouver un jour sa dignité.
Il existe des facteurs de risque, qui, s"ils ne sont jamais les causes, interviennent dans ces situations de violence domestique : les antécédents de violence dans la vie familiale ou personnelle de l'agresseur ou de la victime, la consommation de drogue et surtout d'alcool, qui servent souvent d'alibi ou de justification.
Au début de la relation, c'est pendant cette période de lune de miel, parce que la femme croit que tout peut changer, qu'elle retire sa plainte, revient au domicile, ou rompt toute relation avec son entourage.
Ne connaissant pas le cycle de la violence, et les effets psychologiques qu'exerce l'emprise de l'homme sur sa compagne, l'entourage et même certains professionnels se sentent "trompés" et se jurent de ne plus intervenir. Il faut dépasser cette première réaction et soutenir malgré tout la victime qui a besoin de temps pour pouvoir se libérer physiquement et psychiquement.
Des hésitations, des retours en arrière, des "faux départs" sont très souvent le préalable à une décision ferme et définitive de la part de la victime.



Les conséquences, sur la femme violentée , mais aussi sur l'homme violent, les enfants


Pour la femme violentée :

Il n’existe pas de profil type de femme victime de violence conjugale, toute femme peut un jour dans sa vie se retrouver sous l’emprise d’un conjoint, ami ou partenaire violent. Mais l’histoire personnelle, des périodes de fragilité, de vulnérabilité, peuvent devenir facteurs de risque. La personne qui souffre de cette violence par la faute d’autrui, n’est pas responsable de la violence qu’elle subit.
La femme victime de la violence de son compagnon n’est pas nécessairement une personne sans ressources. C’est peut-être votre collègue de travail, cette chaleureuse commerçante, cette enseignante, votre médecin, cette jeune cadre dynamique à qui tout semble réussir... et dont on ne soupçonne pas l’enfer quotidien.

Les gestes ou comportements violents font partie d’une stratégie pour contrôler ou imposer à l’autre sa volonté en utilisantles coups, l’humiliation, le dénigrement, les insultes, les menaces, le chantage. La violence conjugale constitue un abus de pouvoir et de confiance. Elle entrave des relations basées sur l'égalité et le respect. L’isolement, la honte, le poids des idées reçues, les sentiments de culpabilité et d’échec, plongent les victimes dans le silence, les empêchent d’agir et d'envisager une issue à la souffrance.
Le compagnon violent renvoie à la victime une image d’incompétence, de nullité, au travers de mépris et d'humiliations. Il l’atteint dans son image à travers le regard des autres. Progressivement la victime perd confiance en elle-même en ses possibilités. Peu à peu s’installe le désespoir, une acceptation passive de ce qui arrive. Elle s’isole, s’enferme dans sa honte, n’ose plus prendre d’initiative. Cette violence peut conduire à la dépression, à l’alcoolisme, au suicide.

A mesure que la fréquence des agressions  augmente, les conséquences physiques et psychologiques s'agravent. Outre la douleur et la peur, la femme arrive à penser que cette maltraitance est normale et même justifiée puisque nous avons vu pus haut qu'elle se sent responsable de  cet état de fait.

Elle tolère de plus en plus des abus de pouvoir s'en mêm s'en rendre comptele plus souvent. Le harcèlement moral dont elle est victime brise toute confiance et estime de soi, elle "mérite" cette vie infernale.
D'autant plus que ses voisins 'n'entendent" pas ses cris, ou pensent : "la vie privée des gens ne nous regarde pas", ses proches ne "voient rien d'anormal" ou pensent  "elle n'a qu'a partir", les forces d el'ordre peuvent parfois se montrer incrédules ou condescendants, etc.
Ainsi, la conspiration du silence, l'omerta, fait que bien souvent la femme estime que son mari est protégé, et cette tolérance accentue son désarroi et ses doutes quand à ce qu'elle doit penser de ses propres sentiments : peut-être exagère-t-elle ? Ce n'est sûrement pas si grave. C'est normal.
Ainsi, paradoxalement, plus cette femme est menacée dans son intégrité physique, psychique et sexuelle, et moins elle devient capable d'en prendre conscience. Dans le même temps, elle ne s'imagine pus autrement qu'en victime impuissante, et ne voit plus les efforts, réels, qu'elle déploie pour lutter contre cette violence. Elle se dénigre systématiquement et pense que toute tentative pour s'en sortir est vouée à l'échec. Son énergie vitale s'épuise dans cette lutte quotidienne.
Constamment sous tension et sur ses gardes pour éviter de nouvelles agressions, doutant de ses propres ressentis quant à la situation, sans cesse en train de se justifier, cette femme exprime sa souffrance par divers maux.
Ainsi, 45 à 70 % des femmes violentées présentent un ou pusieurs des symptômes suivants :

  • Troubles psychosomatiques : douleurs chroniques, céphalées, difficultés à respirer...
  • dépression nerveuse, profonde tristesse, sentiment de solitude;
  • insomnie ou troubles du sommeil;
  • dérèglement de l'alimentation;
  • impression d'être traquée, ou d evivre au ralenti;
  • difficulté de concentration, perte de mémoire;
  • anxiété, angoisse;
  • auto-dévalorisation, culpabilité, sentiment d'impuissance;
  • pulsions et tentatives suicidaires;
  • sur-consommations de médicaments antidépresseurs (anxiolytiques, analgésiques...);
  • troubles affectifs et relationnels, y compris avec leurs propres enfants;
  • alcoolisme, tabagisme,etc.

Pour l'homme violent :


L'homme peut être aussi affecté par ses actes. Il est souvent prisonnier d'un mode d'expression de ses émotions qui l'amène à se sentir de plus en plus méprisable et dans le même temps incapable de changer. Sa violence l'empêche de vivre une intimité gratifiante avec sa compagne.

Ses actes agressifs le rendent passible d'une arrestation et d'une condamnation ayant pour conséquence l'abandon de son épouse et de ses enfants et la perte de sa reconnaissance sociale.  
La violence conjugale n’est pas un héritage inéluctable, on ne naît pas violent, on apprend à le devenir. L’histoire collective et personnelle, la construction sociale, le poids d’une culture patriarcale conduisent certains hommes à des comportements sexistes et violents envers les femmes. L’homme violent à souvent deux visages : charmant, merveilleux dans la vie sociale, tortionnaire, méprisant et jaloux à la maison.
L’homme violent avec sa compagne n’est pas systématiquement un alcoolique, un rustre, une personne issue de milieu défavorisé, un personnage autoritaire ou violent avec tout le monde. Très souvent l’homme violent n’est pas soupçonnable, il ressemble à monsieur tout le monde, votre voisin de palier, l’homme courtois qui rend service à tous dans le quartier ou le village, ce séducteur à qui personne ne résiste, le cadre dynamique que toutes et tous trouvent fantastique, ce chef d’entreprise performant, l’homme aux multiples responsabilités, l’homme dont la fonction force le respect
...


Témoignage du 20 juin 2008 :
"
Je suis un homme violent, j’ai du mal à gérer mes émotions quand je me sens trahi (vrai ou faux)je cherche à me faire soigner pour changer de vie car j’en suis aussi victime au niveau professionnel. En effet, outre les coups, je suis nerveux et je ralle dés que j’ai un problème et j’ai toujours quelque chose à redire d ans mon travail. Même si à 80% du temps je suis quelqu’un de cool, cela ne peut plus durer, je veux avoir une vie paisible et que mon entourage m’aime pour mes qualités qui parait il sont nombreuse. Suite à une decision de justice, je suis contraint de ne plus voir ma concubine qui est enceinte et je n’ai pas vu mon fils depuis non plus. J’ai simplement besoin qu’on m’aide mais et j’ai du mal à trouver des informations sur internet. J’ai pris rdv avec 2 psy jeudi prochain mais j’aimerai aussi en parler car je me sens vraiment mal dans ma peau. Par ailleurs, je crains la prison lors de mon jugement dans 1 mois. Quelqu’un aurait il des choses à me dire à me conseiller, je cherche quelqu’un qui en aurait guéri pour me donner de l’espoir. J’espère que vous me répondrez... "

D'autres témoignages très variés d'hommes et une analyse du journal "Le Monde" en diffusion libre.

Témoignage recueilli par l'auteur elle-même :
"J'ai reçu un appel courant juillet 2008 d'un homme qui reconnait être violent. Il dit avoir frappé sa femme régulièrement par le passé, et, un jour lui a tiré un coup de fusil. Il vient de terminer une condamnation pour cet acte : 10 ans, 6 mois fermes. Je remarque qu'il n'y a aucun regret dans sa voix, il me raconte son histoire de façon rationnelle, sans autre émotionnel qu'une tension sous-jacente très perceptible et que je ressens prête à exploser. Je discute prudemment avec lui, et il ne manifeste aucun sentiment de culpabilité, au contraire, il me dit " je ne vais pas me laisser faire par une bonne femme !" Je suis un homme! Dans l'intonation, j'ai senti la violence remonter.  Il est séparé de sa femme, je lui demande comment il envisage son avenir, et notamment sa  vie sentimentale. Il me répond que pour l"instant, il trouve des "filles" dans des "cabarets à femmes". 


L'obligation de soins :
Un groupe de travail a mené une réflexion “sur la prise en charge des hommes violents”. Le rapport “Auteurs de violence au sein du couple : prise en charge et prévention” remis le 21 mars par le docteur Roland Coutanceau à Catherine Vautrin, la Ministre déléguée à la Cohésion Sociale et à la Parité, souligne qu’"un petit nombre de sites ont mis en place un suivi des hommes acteurs de violences, alors qu’il y a un véritable intérêt à développer cette prise en charge, car elle peut très nettement réduire les cas de récidives".

Cette étude indique qu' il est nécessaire de mener des actions sur trois fronts : le judiciaire avec notamment la garde-à-vue de l’auteur des faits, l’obligation de suivi et sa participation à des groupes thérapeutiques. 
Pour le docteur Roland Coutanceau, "la violence est un phénomène à considérer sur divers plans : psychologique, éducatif et sociétal". Il précise : "choisir de la traiter comme de la prévenir implique une prise en compte de cette complexité".

Initiative espagnole : une aide pour canaliser l'agressivité :

Madrid: numéro pour calmer les hommes.
Article du Figaro du 10 juin 2008.

Le gouvernement espagnol a annoncé la mise en place d'un numéro de téléphone spécial pour les hommes qui souhaitent "canaliser leur agressivité", dans le cadre de la prévention contre les violences faites aux femmes.
Il s'agit "d'un numéro de téléphone pour les hommes qui ont besoin de trouver leur place (...). Aujourd'hui beaucoup se sentent perdus face à la fin du système patriarcal et ne savent pas comment assumer leur paternité, s'occuper de leurs fils et de leurs filles", a expliqué la ministre de l'Egalité Bibiana Aido à une chaîne de télévision publique."
Il est indispensable que nous travaillions davantage à la prévention", a souligné la ministre, qui a ajouté que ce numéro n'était pas destiné "aux hommes violents", mais à ceux qui veulent "canaliser leur agressivité et éviter de recourir à la violence".
Beaucoup d'hommes utilisent déjà le numéro d'attention mis en place en Espagne pour les femmes victimes de violences conjugales.
Source: AFP.

 
Le JDD.fr  7 mai
L’Espagne recrute contre les violences conjugales
Le Ministre Espagnol de l’Intérieur a annoncé que 1250 policiers vont être recrutés pour combattre les violences conjugales.

Pour les enfants :

Ils sont souvent les seuls témoins visuels de la violence conjugale. Ils peuvent aussi être insultés et/ou battus à cette occasion, ou blessés. Chaque enfant réagit différemment.
Les enfants témoins des scènes de violence ou eux-mêmes victimes de violence, subissent de nombreuses conséquences physiques, morales, émotionnelles et sociales. Ils sont souvent l'objet d'une menace directe ou implicite de la part du père d'enlever les enfants à la mère si elle parle ou le quitte.

Les enfants sont victimes de violences psychologiques.

L'enfant peut fuir ou assister à la scène, prendre parti, y compris pour l'agresseur, ou rester en retrait. Il n'est pas rare que l'enfant prenne parti pour l'agresseur.

En dehors de ces scènes, il peut vouloir être sécurisé par sa mère ou adopter un comportement d'adulte en la consolant. Certains enfants dénient cette violence ou cherchent à la dénoncer et lancent des appels au secours en ayant des comportements extrêmes.

Les répercussions sont nombreuses et importantes :
problèmes de santé physique et mentale: sentiment d'insécurité, de vulnérabilité, de culpabilité, émotivité perturbée, troubles du dveloppement, difficultés scolaires (concentration difficile, absences répétées, difficultés relationnelles...), isolement, tendance à reproduire les comportements violents ou de soumission...

Les enfants se sentent souvent très responsables de la situation, sont très anxieux, ils ont peur de perdre un de leurs parents.
Il leur arrive de prendre parti, parfois pour l' agresseur, au point de "désaimer" l'autre parent, voir d'éprouver de la haine à son encontre. Phénomènes d'intégration comparables au paradoxal "syndrome de Stockholm", dans lequel des victimes de prises d'otages prennent parti pour leur agresseur, au point que la relation tourne à une certaine forme d'amour).
Les adolescents  et souvent les enfants s'ils sont les aînés, assument parfois la lourde charge de vouloir protéger leur mère et leur fratrie.
Certains connaissent une profonde détresse psychologique qui les conduit parfois à consommer drogue ou alcool, à fuguer, à tenter de se suicider.


La violence dont l'enfant est témoin a les mêmes effets sur lui que s'il était lui-même violenté.
La mère peut consulter pour ses enfants. Il faut savoir penser à la violence devant certains troubles de l'enfant :

  • Lésions traumatiques
  • Toubles du sommeil
  • Troubles de l'alimentation
  • Angoisses
  • Symptômes dépressifs
  • Troubles psychosociaux : retard scolaire, violence, fugues, toxicomanie, délinquance, idées/tentatives suicidaires
  • Troubles du langage
  • Troubles auditifs
  • Retard staturo-pondéral
  • Troubles sphinctériens
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